Hugues Marchal
27 avril 2007Puisque maire vient de major, le “plus grand”, la mairie-monde ne peut être que le monde, carte à échelle 1. A défaut, elle ne peut être qu’une partie du monde se sachant mineure.
Cela suppose d’une part de la définir comme un lieu de rencontres entre des minorités réunies en vue de votes et de dialogues, où chacun ne viendrait qu’en mineur face au reste de la planète.
Cette mairie-monde sans major serait le lieu d’une démocratie mondiale réelle, où les démocraties dominantes accepteraient d’agir enfin à égalité avec les autres peuples, et abdiqueraient l’ordre plouto- ou aristocratique qu’elles imposent actuellement, hors de leurs frontières, schizophréniquement, ouhypocritement. Une telle minorie-monde est donc indissociable d’une citoyenneté mondiale.
Elle ne peut se construire que si les peuples des nations dominantes actuelles imposent à leurs Etats cette posture démocratique réelle dans leur politique étrangère. Elle relève d’une confiance dans les autres peuples, d’un relativisme assumé et d’une remise en cause de notre sentiment de supériorité. Elle donc n’est pas plus compatible avec les “France présidente” qu’avec les “vocation particulière de la France dans le monde” (en d’autres termes, on en est loin). Mais elle doit d’autre part se méfier du risque de totalitarisme inclus dans sa propre ambition, préserver la possibilité d’un dehors, d’un espace interne à son espace qui refuse pourtant sa loi, d’un lieu pour les minorités qui la nieront même. Et parmi ces minorités, cette minorie-monde ne devra pas seulement compter l’altérité et le droit d’exil volontaire de chaque être humain. Elle devra questionner et nier son droit à se faire maître du monde, et limiter son désir de maîtrise en donnant voix au sans-voix de la nature planétaire.
Dès lors, il est peut-être autant souhaitable qu’elle existe que l’inverse. Elle ne doit sans doute trouver ni localité, ni construction, mais n’apparaître jamais que comme possibilité, architecture mouvante, nomade – un hall et son dehors, une attitude d’être.